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Gérald Hervé

Hervé Baudry

LA NUIT DES OLYMPICA

Essai sur le national-cartésianisme

PAGES CHOISIES

(IV)

Collection Ouverture Philosophique

L’Harmattan, 1999

Editions L'Harmattan

 


Pages choisies I

Pages choisies II

Pages choisies III


EXTRAITS VI (II, 1, 4 : Le fourvoiement des Lumières )

 

Lorsque Voltaire écrit à propos de l’exécution de l’infâme Etienne Benjamin Deschauffours, brûlé vif le 24 mai 1726 en place de Grève, qu’il convient de "proportionner les peines aux délits" (35), il commet une singulière bévue - mal informé? ou alors il biaise salement tout en faisant le jeu du pouvoir, et se réservant le beau rôle, cette fois, pour une mauvaise cause.

Car il ne s’agit pas d’une autre affaire Calas, ou Sirven, ou La Barre. Le dénommé Deschauffours, un personnage qui préfigure les héros de Sade, a été convaincu de rapts, proxénétisme, viols d’enfants, atteinte à l’intégrité corporelle (castration), et meurtre... Mais la commission constituée sur Arrêt du roi, jugeant en dernier ressort (le procès ne pouvant donc donner lieu à appel au Parlement) n’a retenu que le crime de sodomie. La condamnation vaut pour l’exemple et, renouant avec un usage depuis longtemps tombé en désuétude, le Lieutenant Général de Police la fit crier et placarder dans les rues de Paris. Afin que nul n’en ignore. Surtout le bon peuple. Et notre Voltaire en bémol parmi les loups! C’est l’amalgame, alors, qu’il eût fallu dénoncer pour plus de justice - et avec quelle force!

.................................................

Mais il n’y eut point pour Voltaire (hélas!) d’affaire Diot-Lenoir - qui n’eût pas manqué d’ajouter à sa gloire.

Deux ouvriers surpris un soir de janvier 1750 par un guet de la rue Montorgueil, furent brûlés six mois après en place de Grève, le 6 juillet. A cinq heures du soir (Arch. Nat. X2 A III 4 et X2 A 764).

Ne cherchons pas, pour la suite, une rupture, c’est-à-dire quelque évolution positive, du point de vue qui est celui de la (divine) raison cartésienne: ante ou post Descartes. C’est de la même eau. Tous héritiers du même héritage.

On peut le dire autrement: cela n’est pas entré dans nos moeurs. Car autant que d’une question de morale, il s’agit d’une question de culture - en ce lieu de la plus grande hypocrisie sociale (36).

Il demeure que l’homosexualité est un fait immense et l’une des grandes problématiques de l’anthropologie. Cette problématique est toujours nôtre en 1997, face à des valeurs (seulement avouées ou pétitionnées) ou contestées (l’Eglise catholique aussi, avec les propos de son pape, joue à cache-cache avec l’homosexuel (37) ) - cette question que n’ignoraient pas les philosophes de l’Antiquité: peut-il y avoir la moindre pétition humanistique là où l’homme n’est pas maître de son corps, de son avoir-propre? (38)

Mais nous avons cru pouvoir faire comme si depuis 2000 ans il était possible de condamner à la clandestinité, sans conséquence grave pour l’équilibre de notre culture, une minorité sexuelle évaluée de 5 à 7% de la population générale, selon les approximations les plus étroites.

"Je préfère être détesté pour ce que je suis que d’être aimé pour ce que je ne suis pas", avait dit quelqu’un de célèbre et de compromis...

Nous avons condamné à l’anonymat, à la dissimulation, au mensonge social le plus grand nombre de cette minorité, les "meilleurs" et les plus obscurs, en choisissant de nous amuser dans la galerie mondaine, avec la minorité de cette minorité, oubliant le peuple des catacombes. Inversion généralisée où les homosexuels éprouvent la violence sociale qui leur est faite, prônée en valeur de sublimation, de self containment, dans cette société qui a mutilé l’ancienne Philia, tout asservie qu’elle est au modèle exclusif du couple reconnu et de sa goinfrerie hétérosexuelle.

Comment ne seraient-ils pas alors (et souvent vis-à-vis d’eux-mêmes) l’objet de maints chantages crapuleux (39)- ou de celui que l’Eglise n’a cessé de pratiquer, elle, à leur égard, - le chantage à la spiritualité, grâce à ce péché - chantage par excellence - à la vocation - car elle a une dilection toute particulière pour cette tendance (si souvent inconsciente) mais qu’elle sait, avec quel flair, subodorer chez les faibles, ou, pour la faute elle-même, consommée, d’une qualité quasi ontologique, et si souvent portée à puiser dans ce vivier des pécheurs réels ou potentiels (les chrétiens tordus) pour y trouver de nouveaux fonctionnaires de Dieu (40) (mais malheur aux réfractaires, aux hérétiques et autres relaps).

Voltaire avait certes raison d’associer le clergé à la pédérastie. Mais un arbre lui a caché la forêt.

 

EXTRAITS VII (II, 2, 2 : Descartes et le milicien )

 

"J’ai fait dire des messes pour les victimes juives."

Déclaration de Paul Touvier au procès de Versailles du 29 mars 1994

Et voilà que le dilemme se présente à lui: à la suite d’un attentat commis contre Philippe Henriot, zélateur véhément de la collaboration avec l’Allemagne nazie et suppôt de la Milice de Vichy, N otages français sont en passe d’être fusillés par l’armée d’occupation - auxquels pourraient être substitués - c’est un choix - (comme dans le sacrifice d’Abraham, en holocauste) non pas un bélier, mais 7 Juifs.

"Ma seconde maxime, a déjà dit Descartes, était d’être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais, et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses lorsque je m’y serais une fois déterminé..." (41)

On a compris que le milicien Paul Touvier a choisi et qu’il va (maintenant) se justifier par une certaine philosophie française...

La situation générale ne tombait pas en son pouvoir, mais, de ce qui était en son pouvoir, dans son appréciation des faits - dans leur dénombrement -, il n’a rien omis...

Nous inversons la phrase de Descartes, où la subordonnée conditionnelle surplombe la principale:

..."encore que les événements nous fissent voir, par après, que nous nous sommes trompés... si nous faisons toujours ce que nous dicte notre raison, nous n’aurons jamais aucun sujet de nous repentir" (42).

La raison dont il parle ici n’est point la raison générale, ni la raison sensitive ou imaginative (à savoir l’imagination ou la sensibilité - à son filtre: je pense que... je sens, que j’imagine), mais l’intuitus, raison intellectuelle qui lui fait considérer les choses hic et nunc, offrant les moindres risques d’erreurs - à l’évidence, que 7<11 (ou à N) (si N>11).

C’est le nombre de prisonniers qui attendent la mort à Rilleux-le-Pape, dans la banlieue de Lyon, le 28 juin 1944. Le milicien opère ses déductions-soustractions: 11 - 4 = 7, sept otages choisis seront exécutés à l’aube, le jour suivant: Krzyzkowski. Schlisselman. Glaser. Benzima. Zeizig. Bock. X (inconnu) (43).

 

EXTRAITS VIII (II, 3, 1 : Les clercs à l’oeuvre )

 

Au sein de notre Université, quelle pruderie, quelle pusillanimité éditoriale, à côté de la profusion des publicistes mal-pensants du XVIIIe siècle (44).

Aujourd’hui, en France, tout ce qui, en philosophie, ne sacrifie pas au prêchi-prêcha universitaire de l’Establishment culturel, ce qui heurterait la pensée couchée-là, la pensée apprise, se trouve verrouillé. On tolérera à la rigueur quelques réflexions out of tune du sacro-saint prêt-à-penser religieux (ou dérivé) de notre culture chrétienne, mais l’attaque de front d’icelle, la reprise du pamphlet coriace, du brandon incendiaire, jamais. Tout doit être dit à propos, tamponné, assourdi, feutré - sous l’argument du respect dû aux pensées de l’autre (dominant), fussent-elles idiotes - la philosophie couvrant désormais la religion! - et, bien sûr, aux personnes qui les professent, ces mères-porteuses des idées qui nous empoisonnent.

Qui, dans la pensée libre (et furieuse), ne chercherait quelque nouvelle Hollande? (45)

 

EXTRAITS IX (II, 3, 2 : Petites et grandes actualités cartésiennes de la France éternelle)

 

Un même constat aux bords extrêmes de l’échiquier: "C’est sous le signe du cartésianisme que se fera en France le développement réel de la pensée et de la vie sociale", a écrit l’auteur du Dieu caché (46).

Et Jean-François Revel, de son côté, mais à droite, relève chez Descartes trois traits du comportement français, "l’inaptitude à tirer parti des leçons de l’expérience", "l’incapacité de supporter la contradiction" et "le refus de changer d’avis devant une objection valable" (47).

Comme il ne saurait être question ici d’évoquer une quelconque psychologie des peuples (innéiste et constitutionnelle), il nous semble préférable de mettre en cause des facteurs d’ordre culturel et éducationnel qui font en sorte que la France, dans son obstination, ressemble à Descartes et que notre philosophe national lui emprunte ces mêmes traits qui servent à caractériser la gent de l’Hexagone.

Question d’apprentissage. Qui le premier? De l’oeuf ou de la poule? Cocorico! La France n’exhibe-t-elle pas pour emblème le plus singulier des volatiles de basse-cour, le coq crotté et ergoteur (48) ? Les pages qui suivent nous apportent l’écho de son chant tonitruant.

 

..."Le fromage français avait fait du chemin...

Passion sentimentale, arrogante, geignarde pour une figure de géométrie au milieu du monde qui va se raidissant, se décharnant, se résorbant...

Mes chers amis, le pays de Descartes..."

P. Drieu La Rochelle (49)

 

Trivialités de Pécuchet - et impostures académiques: notre "esprit cartésien", notre "sens de la mesure" (cartésien), notre clarté (cartésienne) - autant de lieux communs, clichés, stéréotypes, de poncifs que l’on rencontre (presque) chaque jour dans les médias, écrits ou parlés, et qui, témoignant de la paresse d’esprit, ont sans doute la prétention d’apporter une plus-value à l’expression journalistique (50).

Sortie du Cogito, toute la philosophie européenne a attrapé la coqueluche française.

La philosophie traite une question "comme une maladie", écrit Wittgenstein dans ses Investigations (51) - aussi a-t-elle pris Descartes comme remède (quelque catholicon?) - sans pour autant enrayer le mal français.

Toujours il y eut de l’épate cartésienne dans l’air...

Cela commença, il est vrai, à une époque où l’importance (c’est-à-dire la diffusion) de la philosophie cartésienne se trouvait être liée à la prééminence d’une langue, d’une puissance politique (52).

 

EXTRAITS X (II, 4, 1 : "Et au commencement..." Synopsis des religions )

 

Théo-cosmo-anthropogénèse: de la modestie des origines à la transe parano-mégalomaniaque de l’Absolu

On s’efforce vers la Vérité, sans médiation, hors du temps, de toute connaissance et notamment (sciemment?) de la paléontologie humaine. Une approche extragénéalogique en quelque sorte. Génération spontanée de l’esprit qu’exprime aussi l’expérience du Cogito sous la forme de l’intériorité

Se dire spiritualiste, c’est attester implicitement d’une origine/naissance autre que purement terrestre/humaine.

La première question (désintéressée et point encore tout à fait métaphysique) que se posa l’homme sur les sites primitifs, encore tout engourdi d’animalité: celle de son origine, de sa naissance - unde? Il lui apporta, en premier, une réponse mythique, en proie à la peur de ce qui lui était lointain (au-delà de son limes endogamique), hors du ventre (de la caverne originelle), hostile, une nature contraire, point faite pour lui et donc par un autre (la première grande Deductio/déclinaison de l’altérité) - qui lui était supérieur, dont il tentera de se concilier les faveurs… En vain le cherchera-t-il dans les bois (lorsque Henry Thoreau écrivit ses Walden, les forêts d’Europe étaient déjà défrichées…).

La spiritualité a une histoire, un cursus, vécue, certes, mais aussi transmise, exprimée par les mots d’une langue - les intonations d’une voix (humaine). Une diachronie significative: celle des scolastiques médiévaux n’est pas celle des transcendantalistes américains (Emerson, Thoreau), marquée par "le deuil, la mélancolie de l’immigration" et les nouveaux mythes d’une terra incognita - fût-elle une nouvelle (et future) patrie, celle du Ciel.

Un double mouvement, alterné, contrarié, récessif, de dé-valorisation/sur-valorisation scande ce que l’on a appelé cette marche de l’Esprit (absolu de Hegel, noosphère ou point W ).

Le tragique n’est pas aujourd’hui que les croyances traditionnelles soient de plus en plus minoritaires (destitution des églises, crise des vocations, progrès d’une intelligence athéiste), mais que ceux qui disent ne plus croire ne savent même plus pourquoi, se plaçant ainsi dans une sorte de négativité spirituelle au lieu de l’affirmation plénière d’une raison objective à ne pas se déjuger au regard de vérités qui ne contraignent plus.

Tragique, l’absence de fondement de la pratique de la raison, pour ceux qui s’en réclament, quand ils ne s’abandonnent pas à d’autres cultes, de la militance sans foi. Car il n’y a pas de non-foi sans raison: jamais la foi n’est sans cause: on ne la perd pas, on l’abandonne devant ce qui paraît plus puissant qu’elle - des motifs à ne plus croire.

Tout de même, la raison n’est pas donnée à l’origine, mais produit d’un long apprentissage et jamais conclusif. Pas de raison sans connaissances et pas de connaissances sans le progrès in(défini) de ces connaissances par quoi la raison même de l’homme ne trouvera jamais son terme, car le terme est déjà à l’origine - derrière lui, son être-au-monde. Priorité ontologique et non plus sorties - par des bretelles métaphysiques.

 

EXTRAITS XI (II, 4, 3 : Litanies intempestives )

 

L’homme entre deux infinis, disait Pascal - digne héritier - mais non pas au milieu - entre les deux extrêmes, il faut choisir!

Mais l’homme d’aujourd’hui philosophiquement parlant est le contraire d’un parieur - dans tous les cas de figure il sait désormais qu’il est joué, et qu’on veut le récupérer dans un sens ou dans un autre: conversion ou subversion - ce contre quoi il s’obstine dans le refus de toute croyance qui ne le représente plus.

C’est à un monde bien différent de celui du passé, et imprévisible, qu’il doit faire face, assumant dans l’ordre des connaissances, et dans l’insatisfaction persistante d’un connaître encore tenu par les instances de pouvoir, une révolution autrement plus importante que celle qui bouleversa jadis le monde ptolémaïque, - la novation mentale (homo novus) des siècles à venir n’a même pas encore atteint l’homo copernicus et galileus (et l’obscurantisme encore puissant en ce domaine galiléen, au sens de l’épître paulinienne et au patronymique). Nous en sommes toujours au néolithique de la pensée.

Einstein ne fit que passer: il rassura un temps (il appartenait encore à la vieille génération de la croyance - et si méfiant à l’égard des jeux de hasard).

Aujourd’hui, les dés en sont jetés - des rayonnements fossiles au bruit de fond, l’univers ne change pas et ne changera pas de sens à ses yeux: l’homme d’aujourd’hui sait que, comme lui, il est mortel. Et alors?

…"la mort nous en dit davantage sur la vie humaine que l’immortalité." (53)

La mort n’existait que comme mort individuelle - je meurs parce que d’autres me survivent: un regard. Une mémoire / l’histoire humaine y trouve son compte.

Mais si tout l’univers/collision planétaire/extinction des étoiles disparaissait avec moi? La mort, si exacte, si privée, aurait-elle encore un sens - de quelle mémoire antérieure ou posthume? Elle n’en aurait aucun. On meurt, telle est la vérité insoutenable et cependant soutenue - essentielle, et cependant subsidiaire par rapport à cette vérité qui n’en est pas une - une vérité blanche et la page qui reste à écrire - combien différente de l’ancienne métaphysique:

il y a encore tant de choses à faire!

Mais qu’une éducation tout autre y préside!

Si mal nommée, voilà ce qui se désigne journalistiquement sous le nom de crise des valeurs.

"The matter of fact" - telle pourrait être la devise du prochain millénaire. Et pas aussi simple que la dénonceraient ceux qui jusqu’alors ont sacrifié l’homme à de pseudo-transendances hors monde.

On a fait philosophie de ce qui n’était que réponse à une question psychologique et sans réponse en philosophie. Or, la vie n’est pas un concept philosophique - la mort, non plus. Dont on a fait si longtemps notre seule morale - à la Descartes, en termes quantitatifs - jamais ni l’une ni l’autre ne furent moins respectées.

Il y a une qualité de la vie, une qualité de la mort. Le diront les hommes de demain (54).

.../...

 

Les matons de la spiritualité

L’expression n’a rien d’excessif. N’était-ce pas là le rêve de la (parfaite) Cité ca(v)(s)erne platonicienne avec ses cercles de gardiens et de gardiens-auxiliaires?

Le spiritualisme religieux dans l’histoire des hommes (et les expériences de pouvoir temporo-spirituel) a fait ses preuves - négatives - de la Bosnie au Rwanda.

L’humanité ne s’en sortira pas par un plus, mais par un moins spirituel - en privilégiant non pas le concept-limite de Dieu (qui implique aussi celui de l’immortalité de l’âme (55) ), ou des entités substitutives telles que les religions marxistes les avaient instituées en substantivant des signifiés, mais en considérant que tout concept n’est lui-même qu’un signe mental général qui ne saurait être un interprétant logique ultime, "précisément parce que, étant un signe, il a lui-même un interpétant logique" (56).

Aussi ne peut-il, dans cette sémiotique en acte, se refermer sur lui-même comme la couronne de fer entièrement close, symbole de souveraineté du concept, tel que l’ont exhaussé au-dessus de la raison les philosophies classiques (et psychologisantes) et mentalistes de la croyance.

Pas de concept des concepts. Pas de concept fermé en son propre discours.

Anti-Descartes, Charles Sanders Peirce et Theodor W. Adorno, dans ce qui fut jusqu’ici la déploration de la raison, se dressent aux antipodes de tout ce courant spiritualo-idéaliste ante et post-kantien - c’est dire que Descartes l’inaugura dans notre modernité, et que Kant et ses successeurs éponymes le perpétuèrent jusqu’à l’orée de ce nouveau millénaire…

Or, c’est justement parce qu’elle ne peut être qu’objective que la raison, ainsi que l’a montré Peirce (et après lui un Wittgenstein), n’est pas spécifiquement humaine (57).

Pour l’avoir oublié, les Lumières ont connu le fourvoiement d’un tel oubli. Toute rationalité transcende la raison opérante en ce sens qu’elle ne se confond pas avec la croyance individuelle - elle n’est support d’aucune foi.

La communauté illimitée des agents rationnels ne casse pas la chaîne des connaissances qui forme le savoir humain - et dont aucune ne boucle en un retour terrorisant pour exclure tout ce qui n’est pas lui.

Le verbe être lui-même perd sa royauté de prédication-révélation. Et le mythe de l’identité.

Ce qui se profile à l’horizon-limite de la connaissance (et d’une théorie de la connaissance qui s’est jusqu’ici toujours présentée à nous en savoir contemplé), c’est la continuité du penser et de la recherche en ce monde - et non pas en un arrière-monde auquel l’espoir se tiendrait chevillé (ce qui ne saurait entraîner de la part des vrais/faux croyants que mépris pour les corporels - de la philosophie antique).

Jamais la vérité ne saurait ici en perspective se poser comme indépendante de l’esprit humain en tant que corps de l’humanité tout entière. Et ceci vaut pour chacun des hommes; au lieu d’avoir souci de leur âme (d’une confession différente), commencer par respecter leur corps: orthodoxes contre Bosniaques, catholiques croates contre Serbes… Et comment oublier Belfast?

Ainsi la vérité peircienne demeurera-t-elle indéfiniment un would be (58). La logique, en situant les conditions de sa propre objectivité, en trace elle-même les limites qui justement sont sans fin: les termes s’inversent. L’infini est redescendu du ciel sur terre. Si notre savoir est aujourd’hui limité, en aucun cas notre pouvoir de connaître et d’accroître son objet. En toute logique - dans le champ des connaissances accumulées qui est celui de la matière/énergie et de ses corps individués. Et qui jamais ne constitueront la Vérité. Prééminence de l’indéfini sur l’infini de la métaphysique traditionnelle.

Dès lors, la vérité du monde ne sera jamais que celle de ce qu’aurait été le monde si celui-ci venait à disparaître (- que n’aurait eu lieu que le lieu).

Et aucun pouvoir de se l’approprier.

En quoi l’éthique rejoint ici l’ontologie et se manifeste peut-être aussi la supériorité de la croyance juive laïcisée sur la chrétienne militante.

L’avenir de la raison n’est plus dès lors celle des Lumières, mais de pénombre conquise sur terre par un peu plus de clarté dans les idées et dans les corps. Un peu plus d’attention apportée aux choses de ce monde - et à leur justice, au sens grec.

 

EXTRAITS XII (II, 4, 4 : Platitudes spiritualistes )

 

Renversement de la charge (ou de l’immortalité de l’âme comme principe politique)

Il va de soi que l’âme est immortelle - c’est une telle certitude (avec celle de son indépendance par rapport au corps) que "la charge de la preuve incombe à celui qui la nie bien plutôt qu’à celui qui l’affirme..."

Qui a écrit cela? Thuriféraire de Descartes, Jacques Chevalier qui, ministre dans le gouvernement de Vichy, préconise "la cléricalisation des écoles..." en prenant sans doute pour modèle le collège Stanislas, à Paris, pépinière de nos élites, où, pour la philosophie, Descartes était à l’honneur. "Au cúur de cette vieille forteresse chrétienne... peu ouverte à l’esprit des Lumières - fermée à la modernité et recentrée sur un cartésianisme chrétien qui répondait à la devise des armoiries de la maison: "Français sans peur, chrétien sans reproche" (59).

Et, pour une telle philosophie, ce tiers exclu: l’agnostique: "la vie n’est pas neutre, il faut prendre parti hardiment" (60).

En ces années noires, c’est le triomphe de la philosophie spiritualiste française - et universitaire: l’apogée du cartésianisme - mais aussi un peu de Malebranche, un peu de Maine de Biran, un peu de Lachelier, de Boutroux - tous Français, avec le grand Descartes, et même, dans les limites du quota autorisé, un peu de Bergson (cet antisémitisme-là n’est aucunement biologique, nous dit-on alors, mais d’Etat). Et cette autorité fait loi.

Mais d’aucuns, de mauvais vouloir, de professer une confession autre que la chrétienne pétainiste... Comment oser nier que notre âme soit immortelle?

Le philosophe gallican aurait pu ajouter:

-"Allez donc dans un musée de paléologie et, derrière les vitrines, regardez sur les tamis ces fossiles humains, tibias croisés, fragments d’os pariétaux ou d’occiputs datant de plusieurs centaines de milliers d’années, tirés de sites et gisements protohistoriques, et dites-vous bien que ce crâne-là (en son entier) (en cet instant même) vous regarde (d’en Haut) car cette âme est immortelle". (Vous le croyez vraiment?) A moins qu’une ligne de partage (et de coupure eschatologique du temps) ne distingue à jamais une humanité en deçà - non humaine - de cette humanité au-delà de la venue de Jésus-Christ (61)

 

EXTRAITS XIII (II, 4, 5 : Vers un penser nouveau )

 

Où a-t-on vu que le christianisme ait jamais proclamé la valeur infinie de la personne humaine? Certes pas dans les Evangiles qui parlent seulement de libération possible de l’homme du péché, par la croyance et la foi en la grâce du Père (et la Passion du Fils tout Amour).

Il n’y est question que d’obéissance à l’esprit de la Loi (devenue d’Amour), ce qui implique plus une idée de devoirs que de droits (comme s’il pouvait y avoir un devoir d’amour...).

Toute une tradition chrétienne en attestera... Jusqu’à Joseph de Maistre, et au-delà de son "illuminisme" ou du "messianisme social" de la fin du siècle dernier (et du nôtre): l’ordre de la Volonté divine se présentant comme une obligation (religio) (sécularisée ou pas) de l’homme envers le droit (éternitaire) de son Créateur. Eschatologie. Economie du salut. Les fins dernières ne sont pas de ce monde, mais du Royaume au-delà...

Et même pour les croyants sociaux, insupportables aux yeux des fidèles les plus traditionalistes qui trépignent au sein de l’Eglise dans leur impatience d’actes de justice, l’Eglise ne les tolère-t-elle pas essentiellement que parce qu’ils lui appartiennent?

Marx lui-même a évoqué l’intimité étroite du communisme et du christianisme évangélique des origines - la première grande pétition égalisatrice (des âmes, avant celle des biens).

Comment l’homme pourrait-il prétendre y passer de zéro à l’infini?

Eux aussi, quoi qu’ils disent, ces clercs "appartiennent" encore, soi-disant libérés. Et protestent en vain, comme André Comte-Sponville. Toujours en position de faiblesse, ou de défense, face à quelques vérités impossibles à dire ou intolérables - celles-là mêmes qui touchent moins à la personne de Jésus-Christ (son historicité ou ses prédécesseurs - avant lui, le Discours de Bénarès) qu’à son message même.

Le vrai libre-penseur, pour combien de temps encore? un homme seul, n’a pas droit de cité. Son (faux) prototype n’a jusqu’ici été pressenti qu’à travers la triste figure de l’intellectuel nietzschéen, toujours sous l’emprise (ou l’empire) de la contre-dépendance. Mais le scandale est déjà là - il suffit de regarder nos moeurs - d’une pensée libre (et de la liberté de la dire) détrônant la primauté jusqu’ici accordée aux intemporels, ce christianisme des riches qu’est le platonisme dominant.

Une pensée-critique, une pensée-courage, enfin parvenue au summum de son caractère péjoratif, la moins crédible pour les fidèles de toute obédience - celle-là même des déboussolés, des marginaux, des malséants de cette société - la nôtre - où prévaut le sexe et sa paranoïa, qui n’aura cessé jusqu’à son dernier jour de s’hypostasier elle-même. Et de promouvoir une éthique de mensonge.

Incapable de supporter une pensée contraire - seulement de l’oser - et de révéler ainsi l’imposture de ses mythes ("Tant qu’il y aura un mendiant, le mythe sera possible")...

Dans l’Europe multicolore (cette vache) (ou l’Amérique), à l’ère des grands nombres et de leurs masses humaines, une telle libération ne sera pas le fait d’un homme ou de quelques hommes, mais de cet immense collectif, déjà en marche, - de l’avancée même de la lente et inexorable déculturation chrétienne.

 

NOTES

 

(35) D. Ph., art. cité, en note: "L’abbé Desfontaines fut sur le point d’être cuit en place de Grève, pour avoir abusé de quelques petits Savoyards qui ramonaient sa cheminée; des protecteurs le sauvèrent. Il fallait une victime: on cuisit Deschauffours à sa place. Cela est trop fort..."

(36) En pays de chrétienté comme en terre d’Islam, à cette différence substantielle que la loi pénale coranique ne s’est pas immiscée dans le droit positif en ce qui concerne l’homosexualité, du moins dans la tradition sunnite...

Islam/Chrétienté - que pourrait-on tirer, comme enseignement, de ces deux parenthèses dans l’histoire où ces confessions furent amenées à coexister au sein d’un même imperium arabe sous les Ommeyades dans le royaume de Cordoue, du huitième au treizième siècle, et, à la suite de ce dernier, lorsque s’ébaucha le grand rêve sicilien (éphémère) de Frédéric II Hohenstaufen sous l’empire germanique?

La France ne connut pas de telles collusions - hors des situations coloniales. (Même à l’époque moderne, emblématique de cet écartèlement entre deux cultures: un Lawrence d’Arabie...) Bien plus est-elle apparue très tôt comme le pays en garde de la chrétienté qui initia l’aventure des Croisades...

En outre, "ce serait se tromper gravement que de croire que l’amour de la femme a commandé pendant tout le Moyen-Age la vie sentimentale et sexuelle de l’Andalou, quels que fussent son milieu et sa classe sociale. Sans doute a-t-il été grand amateur de femmes, mais ce penchant n’a que rarement réfréné chez lui une tendance en quelque sorte congénitale à l’homosexualité. (...)

Que la pédérastie ait été si couramment pratiquée en Espagne musulmane, qu’elle y passât bientôt pour une forme quasi normale des rapports sexuels, on n’en voudrait pour preuve, parmi bien d’autres, que le Hub-al-walad du Calife al Hakan II... le Diwan d’Ibn Kuzman..." (E. Lévi-Provençal, Histoire de l’Espagne musulmane. Le siècle du Califat de Cordoue, Ed. Maisonneuve, 1953, t. 3, p. 444-51)

En ces temps de chasse au pédophile (une variété comme une autre de chasse à l’homme - cf. Scènes de chasse en Bavière du cinéaste Fassbinder), la lecture de tels documents ne peut que renforcer les sentiments antiarabes de certains mouvements de la droite extrême - et d’ailleurs. Cela joue plus qu’on ne croit. (Un prélat des Gaules ne vient-il pas - en ce mois de juin 1997 - de démarquer les valeurs occidentales des valeurs "gréco-arabes"?)

Il reste quelque chose du vieux ressentiment dans ce pays où longtemps persista le refus de reconnaître l’influence civilisatrice de l’Islam. Aujourd’hui même, en pleine crise d’identité de notre société, il s’exprime parfois de façon quasi viscérale, si ce n’est pathologique, avec haine, à l’encontre des Arabes, et pas seulement en milieu populaire, avec, toujours, dans les situations paroxystiques, l’argument majeur proféré: "ils ont des moeurs contre nature"! Mais tous les dits et les non-dits sur un tel sujet devraient faire l’objet d’analyses plus approfondies...

(37) Ainsi, à quelques semaines de distance, l’interventionnisme papal auprès du Parlement européen dans le but de dénoncer l’approbation juridique de l’homosexualité (20/2/97) et ceci: selon l’Osservatore Romano (23/4/97), organe du Vatican, l’homosexualité "pourrait devenir un chemin menant à la sainteté". A condition de rester dans l’abstinence.

Comme aux rossignols, crevons-leur les yeux afin qu’ils chantent plus beau.

(38) Ou du pouvoir de le supprimer en tant que corps vivant. Ainsi du suicide, selon A. Camus, la seule vraie question philosophique. Pourtant le dilemme n’est pas entre être et ne pas être. Il ne saurait y avoir d’existence sans parti pris, i. e. le parti de l’existence plutôt que de la non-existence. Le droit et le devoir pour la raison de s’exercer coïncident de fait, s’identifient l’un à l’autre. La vie ne saurait être un problème philosophique.

(39) Du bonheur d’être hérétique? Tous les moyens de conversion étaient bons au Grand Siècle - et dans celui qui va suivre - ainsi le "huguenot" convaincu de sodomie pourra-t-il (parfois) échapper à la peine du feu, s’il abjure... Une belle oeuvre d’édification. De nombreux procès à l’époque témoignent en ce sens (BN, Ms fr. 10969, 765-772 in M. Lever. op. cit., p. 220). Odieux chantage à la religion. Le Parlement pourvoyeur de l’Eglise!

(40) E. Drewermann, op. cit..

(41) "D’après le Discours de la méthode, "il me sembla aussi, vers la fin, que je pouvais déterminer, en celles [les vérités] mêmes que j’ignorais, par quels moyens et jusque où, il était possible de les [questions] résoudre" (AT VI, 21, nous soulignons). Nulle anticipation kantienne dans ces propos, mais l’indice, au contraire, de l’étonnante singularité de la pensée cartésienne: car les idées de résolution, de moyen et de fin ne sont pas cloisonnées dans trois ordres que l’on pourrait appeler psychologique, cosmologique et théologique: elles sont intimement liées, non pas à la manière des Anciens en ce sens que la fin serait donnée avec le moyen, ou le moyen avec la fin, et que le travail de l’homme serait de retrouver ce lien, mais dans un sens proprement cartésien qui, privilégiant cette fois la résolution, exige de compenser le défaut de l’un par le développement de l’autre: il faut toujours se donner soit le moyen soit la fin pour chercher son correspondant. C’est dans cette perspective nouvelle qu’il faudra repenser la "morale provisoire" du Discours de la méthode qui applique simplement cette règle dialectique - je dirais aussi: propre à l’exercice de l’analyse - de n’être "point irrésolu en mes actions, pendant que la raison m’obligerait de l’être en mes jugements" (AT VI, 22, nous soulignons; v. B. Timmermans, op. cit., p. 88).

Dont le milicien a pris acte.

(42) A Elisabeth, 4 août 1645 (souligné par nous).

Et encore: "J’avoue qu’il est difficile de mesurer exactement jusqu’où la raison nous ordonne que nous nous intéressions pour le public; mais aussi n’est-ce pas une chose en quoi il soit nécessaire d’être fort exact: il suffit de satisfaire à sa conscience et on peut en cela donner beaucoup à son inclination." (à la même, 6 octobre 1645)

"Ce dont je suis clairement convaincu est vrai". Telle est l’interprétation que donne Peirce (5.264) de l’intuition cartésienne, conviction subjective qui se voudrait pourtant nécessaire et universelle... Descartes a remplacé les mystères de la foi "par un formalisme tout aussi autoritaire et inexplicable, celui de la conviction personnelle érigé en certitude, ce qui revient à "faire de simples individus les juges absolus de la vérité" et à placer l’épreuve ultime de la certitude dans la conscience individuelle" (cité in Cl. Tiercelin, op. cit., p. 83).

Le milicien ne peut penser au-delà de la croyance, laquelle croyance est celle de la conscience/connaissance. Et de lui ce que Peirce dit de Descartes, que "la distinction entre le fait pour une idée de paraître être claire et de l’être réellement, ne lui est jamais venue à l’esprit" (5.391).

Parfois une tautologie criminelle: lorsque ce superbe solipsisme cartésien se confond avec la raison d’Etat, et que le pseudo-moindre mal est avancé par les défenseurs du régime de Vichy comme la raison d’être de ce dernier...

De ce point de vue, il est vrai, la France ne pouvait plus se payer le luxe de faire preuve de générosité c’est-à-dire d’honneur au sens cartésien: elle n’en avait plus les moyens. Que n’en étudie-t-on les raisons sordides? Le lecteur intelligent ou de coeur saura bien reconnaître à la fois la validité et la limite d’un tel rapprochement entre l’auteur des Méditations et ce milicien de Vichy, traître, patriote, proxénète (libertin?), dévot, ermite, délateur, salaud (au sens sartrien et au-delà...). Mais la question demeure, à titre emblématique, dans l’économie même de ce raisonnement en défense: le Dieu trompeur se serait-il à ce point changé en un Descartes trompeur? "Toute ma vie n’a été qu’une énorme tromperie. Je crois bien que j’arriverais à tromper Dieu. Qu’importe! J’en suis bien à ce point où Dieu et le Diable ne font qu’un." (P. Touvier, op. cit., p. 244)

(43) Laurent Greilsamer/Daniel Schneidermann, Un certain Monsieur Paul - L’affaire Touvier, Fayard, 1994, p. 19.

(44) Ainsi en ce qui concerne les courants de pensée contemporains en philosophie lorsque le logicien Michael Dummet, un des plus célèbres philosophes anglais d’Oxford, fait à Bologne, en 1987, une série de conférences écrites et prononcées en anglais sur les origines de la philosophie analytique, c’est à partir de leur édition allemande que la traduction française peut en être établie en 1991.

Autre exemple de ce gap dans les dates de traduction dans ce pays qui fut "mère des arts": Process and Reality de A. N. Whitehead, publié en 1929 simultanément à New-York (Macmillan Company) et à Cambridge (University Press), fut traduit en espagnol en 1956, en italien en 1965, en allemand en 1979; en français, il ne l’a été qu’en 1995 (!) - l’honneur en revient à la Faculté des Lettres de Nice (/Californie?). Grâce à la diligence de D. Janicaud, D. Charles, R. Sasso et quelques autres (avec le concours, là aussi, du Centre National du Livre). En France, l’édition philosophique de haut niveau sous assistance éditoriale, mais la pseudo- para-méta-philosophie et la vulgarisation approximative y font rage...

L’honneur perdu de François Mitterrand de Jean-Edern Hallier: 250 000 Français se précipitèrent en quelques jours pour acheter ce livre de crainte qu’il ne fût saisi comme celui du docteur Gruber, Le Grand secret. Vieil atavisme, réflexe conséquent au pays de l’argument d’autorité et de la soumission référentielle - et ce, au bord du troisième millénaire, au pays des Droits de l’Homme si prompt en ce domaine à faire la leçon au monde. La censure (et l’autocensure) toujours présente chez un peuple qui ne jure que par le mot liberté alors qu’il a toujours été plus sensible à la revendication égalitariste qu’à la liberté même de conscience, de pensée et d’expression.

Non pas comme en pays anglo-saxon l’être-là face à une censure impensable, mais le couché-là habituel. D’ailleurs ce livre eût-il été saisi que cela n’eût point fait d’onde. The matter of fact. C’est comme ça, chez nous.

(45) Il n’est pas fortuit que dans la très catholique Belgique, l’Université libre de Bruxelles apparaisse comme un foyer d’anticléricalisme.

Contrairement à ce que pense René Rémond, il n’y a point "renonciation sincère de l’Eglise à ses prétentions de régenter par voie d’autorité la société moderne" ("L’anticléricalisme, une idéologie périmée?", Etudes, juin 1996).

(46) L. Goldmann, op. cit., p. 250.

L’influence (de) n’est pas explicative, mais lorsque, dans des conditions historiques et sociales différentes, s’établit la référence à Descartes, celui-ci (en l’occurrence, la pensée de l’auteur des Méditations) s’actualise à nouveau et rend son intemporalité (platonisme, idéalisme conscientiel, masqué par quelque réalisme) patente. "Or, en histoire, l’influence nous semble un fait posthume à expliquer et non pas un principe explicatif."

Descartes n’a cessé de jouer dans l’histoire de la pensée en France ce rôle de catalyse rétrospective (voir L. Goldmann, Sciences humaines et philosophie, Gonthier, 1966, p. 159).

(47) Le Point, 3 juin 1995.

(48) En réalité, ce sont les légionnaires romains, lors de la conquête de la Gaule, qui l’ont, en premier, affublée de ce Chantecler par un jeu de mots sur Gallus/Gaulois, Gallus/Gallinacée: "Ils se disent Gaulois, vraiment ce sont des coqs (Galli et vere Galli)." (Dictionnaire des symboles, Laffont/Bouquins)

(49) Gilles, coll. Folio, 1990, p. 560.

(50) Cartésianisme de bazar, à profusion - à titre d’exemple, parmi tant d’autres, le 22 mai 1994, sur France-Inter (journal de 13 h.), lors du voyage à Cayenne du Premier ministre E. Balladur: il "décline son Discours de la Méthode", rapporte le journaliste.

(51) § 255 aphor.

(52) "Il est facile de divaguer quand on établit un lien entre la pensée et la vie d’une nation. Mais je ne vois pas comment on pourrait mettre en doute le fait que les philosophies anglaise ou française ou allemande ont une coloration nationale distinctive" (J. Dewey, The Need of a Recovery of Philosophy in G. Deledalle, La philosophie..., op. cit., p. 13).

(53) M. de Diéguez, op. cit., p. 58.

(54) Et bien des choses en ce domaine heurtent encore nos tabous, nos sacralités: il n’empêche - the matter of fact: il en a toujours été ainsi, ce qui peut être scientifiquement fait le sera - que nous le voulions ou pas. Ainsi, depuis l’époque du néolitihique (celle de l’invention de l’agriculture puis de la métallurgie), l’humanité n’a survécu que grâce à des manipulations génétiques - lorsque les hommes s’adonnèrent à l’élevage-domestication et se mirent à opérer par croisements successifs le passage du loup au chien, de l’auroch au boeuf, du sanglier sauvage au porc d’entretien...

(55) "La question de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme tient absolument à la religion et en dépend." (A. F. Boureau-Deslandes, Histoire critique..., op. cit., t. IV, p. 115)

(56) Ch. S. Peirce in Ch. Chauviré, op. cit., p. 80.

(57) "Ainsi les pensées d’un auteur sont plus dans une copie imprimée de son livre que dans son cerveau" (7.364, in eod., p. 52] . Et, "lisant" cette pensée nous travaillons sur des signes, actualisés, ou potentiels par rapport à l’objet du penser et par rapport à l’interprétant que nous sommes - ces signes renvoyant à d’autres signes dans une "poursuite illimitée".

(58) Ibid., p. 61.

(59) E. Roudinesco, op. cit., p. 28.

(60) Philippe Pétain.

(61) Et que la femme n’ait connu l’immortalité qu’à partir de l’an 585 où l’Eglise lui octroya une âme.

 


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